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Un sapin de Noël chez les Ivanov - création 1998

Un sapin de Noël chez les Ivanov d’Alexandre Vvedenski

 

 

Création du 13 au 17 et du 20 au 24 janvier 1998 au Théâtre Le Petit Vélo à Clermont-Ferrand

24/02/1998 Théâtre d'Aurillac

26 et 27/02/1998 Théâtre Municipal du Puy-en- Velay

 

 

Mise en scène : Pascale Siméon

Interprétation : Elsa Bouchain, Sophie Cusset, Jean-Pierre Chanson, Xavier Guittet, Jean-Paul Lopez, Pascale Siméon

Scénographie: Antoine Dervaux

Costumes : Corinne Baudelot

Lumières : Julia Grand

Musique : Lyonnel Borel

 

Traduit du russe par Régis Gayraud - Editions Allia, 1996

 

L’incompréhensible nous plaît,

L’inexplicable nous est proche,

On voit la forêt qui marche à l’envers

Et hier se tient autour d’aujourd’hui.

Alexandre Vvedenski

 

Quoi de plus passionnant pour un metteur en scène que de faire découvrir une œuvre ! Il ya une sorte d'urgence à ce que les membres de l'Obériou trouvent une place dans le paysage théâtrale français. Ils doivent avoir leur mot à dire -indécent- parmi tant d'auteurs russes célèbres, traduits, montés et adaptés à l'envie.

La pièce, Un Sapin de Noël chez les Ivanov, est une œuvre rare. A la première lecture, sa force humoristique nous étonne, un humour noir et terrible qui nous propose un monde absurde, sans réalité désignée où tout échappe au raisonnement logique. Comme toutes les grandes œuvres, cette pièce nous interroge sur la vie: une vie qui nous échappe, où il n'y a qu'une certitude, celle de la mort. Le vide sémantique du monde fait l'objet des conversations des personnages. Le temps, les âges sont abolis; l'homme est pris dans un tourbillon où il ne sait jamais si une vérité peut être saisie. Le temps et la vie sont incompréhensibles, la seule 'chose possible est de se rendre compte qu'on ne peut les comprendre !

La pièce, écrite par un auteur qui savait qu'elle ne pourrait pas être jouée devant ses contemporains, témoigne de la force de résistance de créateurs prêts à aller jusqu'à la mort pour ne pas renier leur art. La beauté de l'écriture de Vvedenski, c'est aussi cette force jubilatoire qui pousse à rire des plus grandes cruautés. De marxistes poètes en médecins fous, nous sentons l'étau du stalinisme se refermer autour de l'écrivain qui rêve que la poésie ne soit pas de la semoule que l'on avale et que l'on oublie aussitôt ! Le Rien est cette réalité sociale écrasante qui annihile toute force créatrice non conventionnelle. Comment ne pas se sentir solidaire de ces hommes, aujourd'hui où il faut de nouveau justifier la volonté qu'un art existe pour lui-même ...

Travailler sur l'œuvre de Vvedenski, c'est se mettre à la recherche d'une esthétique théâtrale qui serait au centre de différents styles de jeu. Ni mécanisme formel, ni réalisme, ni jeu de clown : un théâtre de l'émotion et des sens. Que l'absurde nous conduise sans une poétique de l'œil et de l'ouïe, dans une jubilation confuse où le spectateur, comme le lecteur de poème, se laisse envahir par le non sens pour recueillir un sens plus large bien après nous avoir quitté. N'oublions pas que le burlesque ouvre l'esprit sur le drame de la vie, tout comique se construit sur une détresse.

Prenons le droit «d'entrer en littérature», de démystifier Tchékov, l'âme slave, et le naturalisme, car quand toutes les idoles sont détruites, nous en élevons toujours d'autres. Apprenons avec les Obériouty la force libératrice de l'absurde, le plaisir du sens au-delà du non-­sens.

                                                                                                                                                                                                       Pascale Siméon

 

 

Extrait de la pièce

 

Sonia Ostrava (ex-fillette de 32 ans) est couchée comme un pylône de chemin de fer. Entend-elle ce que dit sa mère? Il ne faut pas rêver. Elle est complètement morte. Elle a été tuée.

La porte s'ouvre, déboutonnée.

Entre Pouzyriov-père. A sa suite, Fiodor. Derrière Fiodor, les bûcherons. Ils font entrer l'arbre de Noël. Ils voient le cercueil. Tous ôtent leurs bonnets. Sauf le sapin, qui n'a pas de bonnet et qui n'y comprend rien.

 

Pouzyriov-père. - Moins fort, les gars, moins fort. Ma fille, ma petite fille émet son dernier soupir. D'ailleurs (il renifle) ce n'est même pas son dernier soupir, elle a la tête coupée.

 

Fiodor. - Vous nous faites part d'un malheur. Nous, nous vous apportons une joie. Voilà votre sapin.

 

Premier bûcheron. - Un fruit.

 

Deuxième bûcheron. - Epître aux Grecs.

 

Troisième bûcheron. - un homme se noie. Au secours.

 

Tous sortent. Sonia Ostrava, ex-fillette de 32 ans, reste seule. Restent sa tête et son corps.

 

La tête. - Eh, le tronc, tu as tout entendu?

 

Le corps. - Non, la tête, moi pas avoir entendu. Moi pas avoir entendu. Moi pas avoir d'oreilles. Mais moi avoir tout ressenti.

 

Extrait du troisième tableau, Acte l, Un Sapin de Noël chez les Ivanov, traduction régis Gayraud, Editions Allia, 1996

 

© 2017 Cécile Breuil