Accueil
Actualité
La compagnie
Biographies
Spectacles
Ateliers artistiques
Contacts
Revue de presse
Stimulant amer et nécessaire - création 1998

Stimulant, amer et nécessaire

SOLO PARA PAQUITA

D’Ernesto Caballero

 

Création du 9 au 19/12/1998 en résidence à La Boîte à Jouer à Bordeaux

 

Mise en scène : Pascale Siméon

Interprétation : Sophie Robin

Lumières : Eric Blosse

Traduit par Antoine Rodriguez

 

 

La pièce

 

Une femme s'adresse à nous. Elle nous avoue son mal d'amour, aussi simplement qu'un membre des alcooliques anonymes. Elle nous parle et nous rend témoin et protagoniste de la représentation. Au fil de son histoire, nous découvrons Paquita, sa vie entre le ministère et le bingo, lieu magique où la solitude semble abolie. Elle parle et les mots expriment son malaise, sa honte. Elle parle et se libère de son histoire qui a fait d'elle un assassin ... Puis brusquement Paquita n'est plus Paquita, mais une actrice qui "veut être Paquita" et ne plus "représenter Paquita"; Et celle-ci aussi parle et ses mots nous livrent les secrets de la "gestation du rôle" porté par son metteur en scène ....

Il ne me reste peut-être que mes pas

sur ce petit plancher rectangulaire

et les mots

les mots

les mots

 

 

Notes, Pascale Siméon

 

Je me sens bien avec vous

bien que j'ai tout perdu

 

Pour la deuxième fois j'ai choisi de travailler sur un monologue. Est-ce une volonté ou un hasard ? Je dirais que le hasard qui m'a conduit à lire ce texte, a rencontré ma volonté de continuer à faire vivre l'écriture contemporaine. Une rencontre fortuite, quelques pages feuilletées, et j'ai eu tout de suite le sentiment d'être en présence d'une écriture rare.

 

Nos hasards sont sans doute les révélateurs d'une quête et d'un écho d'une préoccupation inconsciente. Les mots d'Ernesto Caballero m'ont touchés, ils m'ont donné envie de donner vie à cette petite Paquita, parente des personnages de Michel Vinaver ou de Philippe Miniyana. Au fil de la lecture, l'auteur m'a "empaquitée", et il m'a prise au piège. Je croyais qu'il nous parlait seulement de ces héros du quotidien, victimes simples de sentiments trop lourds pour eux. Mais, en quelques mots et avec beaucoup d'humour Ernesto Caballero retourne la situation. Il nous surprend dans notre position confortable de "spectateur éclairé". Nous sommes encore et toujours dans une fiction qui, si elle a comme but ultime d'interroger le monde, nous questionne aussi sur notre nécessité du théâtre et sur l'éternel paradoxe du comédien.

Théâtre dans le théâtre, comédienne accrochée à la scène pour quel motif intime, noble ou inavouable ? Où se situe la ligne de démarcation entre le jeu et le réel, le Je de Paquita et le Je de l'actrice? Multiples pistes qu'il convient de suggérer non pas pour résoudre les énigmes mais pour renouveler les questions.

Le fond rejoint la forme et nous oblige à un positionnement par rapport au théâtre d'aujourd'hui. Au delà de ces frontières que l'on dit européennes, parle-t-on du même monde, sommes-nous porteur de la même parole ? Nous ne savons jamais si nos références sont universelles, le caractère éphémère de la représentation nous projette dans des sables mouvants. Et ce n'est pas sans sourire que j'assiste ici la mise à mort du metteur en scène tout puissant, (metteur en scène Est-allemand, bien sûr) celui qui à régné pendant des années sur le théâtre et que l'on a accusé bien souvent de la mort du texte et donc du poète. L'ombre du Mur était aussi présente en Espagne que chez nous, et nous pouvons maintenant l'oublier pour nous approprier ses leçons et les dépasser.

Le principal souci quand on aborde un auteur étranger, c'est la traduction. La particularité de l'auteur sera-t-elle difficile à rendre ? La traduction d'Antoine Rodriguez est telle que l'on oublie tout de suite le passage d'une langue à une autre et Paquita s'exprime en français dans une langue forte. La mise en mots suggère un rythme et nous oriente dans une recherche passionnante où "l'aformalisme" du vers libre rejoint le trouble intérieur du personnage.

De la première émotion ressentie aux réflexions engendrées par la "mise en abîme" que nous propose l'auteur, le chemin du spectateur est mouvementé. De qui, de quoi parle-t-on finalement ? D'une femme, des femmes ou tout simplement du théâtre ? C'est ce subtil mélange qui fait de ce travail un instant passionnant.

© 2017 Cécile Breuil