Accueil
Actualité
La compagnie
Biographies
Spectacles
Ateliers artistiques
Contacts
Revue de presse
Marisol - création 2002-2003

Marisol de José Rivera

 

 

©Philippe Delacroix

 

Mise en scène : Pascale Siméon

Interprétation : Xavier Guittet, Anne Le Ny, Claudia Tagbo, Karin Palmieri, Judith Siboni   

Scénographie : Antoine Dervaux

Lumières : Julia Grand

Costumes : Corinne Baudelot

Musique originale : Jefferson Lembeye et Arnaud Laurens

Scénographie : Hervé Chantepie et Alain Ollivier

 

Traduit de l’anglais (américain) par Isabelle Famchon

Texte paru aux Editions  Théâtrales

 

La pièce

©Philippe Delacroix

Marisol est portoricaine.  Elle est bien intégrée dans la société américaine. Un soir, dans le métro, elle est agressée par un SDF. De retour dans son appartement du Bronx, elle reçoit  la visite de son ange gardien, une très belle femme noire, qui lui annonce qu’elle devra désormais se protéger seule : les anges se sont insurgés contre un  Dieu sénile qui laisse le monde aller à vau l'eau. Au bureau, le lendemain, Marisol se voit à la une du journal : on y annonce son assassinat.  Dès lors, tout bascule dans le chaos.  Elle part à la dérive dans un New York en proie à la guérilla des gangs, tandis qu'au ciel, les ailes des anges saignent.

(Résumé  répertoire théâtrale 2001)

©Philippe Delacroix

©Philippe Delacroix

Marisol, confluent de deux Amériques

 

José Rivera, américain né à Portorico nous propose un théâtre poétique à la fois réaliste et fantastique. Une nouvelle image de l’Amérique arrive jusqu’à nous. Aujourd’hui aux Etats-Unis, un habitant sur cinq est originaire d’Amérique latine. Les latinos forment la plus importante minorité américaine, et, dans certains Etats comme la Californie, ils représentent jusqu’à 40 % de la population. Pourtant les auteurs de théâtre américains joués en France ne sont pas du tout révélateurs de ce brassage de population.

 

 Tragédie ou drame ou simplement parcours initiatique, le théâtre de José Rivera est déroutant. L’œuvre de José Rivera trouve ses racines dans le réalisme magique  de la littérature latino-américaine. La complexité du monde et de l’homme ne peut se suffire d’une représentation réaliste du monde. La plupart des auteurs latino-américains ont toujours le fabuleux perché sur leur épaule, venu du fond des âges. Une part du monde nous échappe, et le fantastique mène le siège. L’ambiguïté de la nature humaine est ainsi fouillée, rêvée, laissant l’inconscient se saisir de nos angoisses et de nos peurs.

 

  ©Philippe Delacroix

            

Dans Marisol, le réel, c’est la vie du personnage principal qui donne son titre à la pièce : Marisol. Jeune portoricaine parfaitement intégrée dans la société américaine, Marisol vit dans le Bronx, elle est née là-bas et porte en elle ses deux cultures. Marisol n’a pas de problèmes personnels, elle est brillante, elle travaille, elle a des amis issus d’autres couches sociales que la sienne. José Rivera ne remet pas en question l’intégration d’un individu, mais bien la structure profonde de la société américaine. Les Etats-Unis sont un territoire d’émigrants, mais avant d’être un citoyen américain, le résidant est afro-américain, latino-américain, amérindien etc.. Dans nos sociétés occidentales, nous sommes confrontés à la même problématique. Quelle nation pouvons-nous bâtir alors que les peuples se déplacent, cherchent leur identité mise à mal par l’appauvrissement, la liberté d’expression ?

 

©Philippe Delacroix

 

 José Rivera met en garde l’individu contre sa propre léthargie. Marisol se sent intégrée, mais l’est-elle sûrement ? Qu’elle est la position du citoyen qui se veut héritier de deux cultures ? La dualité est-elle un choix possible ? Pour une « Marisol », il y a : les voisins qui s’étripent sur le palier, les sans abris qui agressent leurs compatriotes, le cimetière d’enfants du Bronx, les skinheads... L’individu est-il écrasé par le groupe ? Les amis de Marisol lui reprochent de continuer à vivre dans le Bronx. Elle se sent solidaire de ses compatriotes qui l’habitent. C’est le lieu où elle a grandi, mais est-elle encore partie prenante de cet enfer ? C’est là que commence la fable.

 

   ©Philippe Delacroix

            

Le fantastique apparaît sous la forme d’un ange gardien. Le choix de l’ange prend bien sûr sa source dans la réalité catholique des latino-américains. La présence des anges permet à l’auteur de se laisser emporter par un lyrisme où le baroque se mêle au fantastique. En nous emmenant sur cette voie, il lui est plus facile de nous faire entendre la terrible réalité du monde civilisé où la barbarie se développe encore et encore. L’ange gardien de Marisol choisit de se révolter. Cet ange au comportement étrange semble inspiré par la théologie de la libération, héritage latino-américain encore puisque cette théologie s’est développée en Amérique Latine. L’homme à l’image du Christ rebelle doit appliquer l’évangile à sa vie. Ainsi l’ange s’insurge : « Le corps universel est malade, Marisol. , Les constellations se nécrosent, les étoiles nauséeuses se couvrent d’ulcères…[…] ». Il montre l’exemple, et ce n’est pas une simple coïncidence si l’ange gardien de Marisol est une femme noire : elle porte « les couleurs » d’une autre minorité. L’ange propose sa solution : tuer un Dieu moribond « et par son sang restituer sa vitalité à l’univers » comme pour entamer un nouveau cycle : « quand nous pourrons célébrer l’avènement du nouveau Dieu, et commencer le nouveau millénaire la terre sera réhabilitée ». À présent, Marisol doit se prendre en charge : « Tu dois te battre. À partir de maintenant, il ne faut plus subir les choses »

 

©Philippe Delacroix

José Rivera ne donne pas de solution, il alerte. Le chaos est inévitable. La pauvreté et le malheur ne peuvent produire que la mort, et chacun face à l’autre essaye de sauver le peu d’humanité qui lui reste. Seule l’alliance de tous ceux qui souffrent peut faire espérer une nouvelle ère de l’humanité. N’attendons de secours qu’en nous-mêmes, la société est malade, ceux qui vivent repliés sur eux peuvent croire un temps échapper au malheur, mais la négation des dérives de la société ne permet à celles-ci que de s’accroître. Si les anges gardiens jettent leurs protégés à la rue, n’est-ce pas pour qu’ils deviennent enfin responsables de leurs actes ? …

Pascale Siméon

 

 

 

 

Représentations 2003

Création du 16 au 25 janvier 2003 au théâtre Le Petit vélo à Clermont-Ferrand

06 février 2003 au Théâtre d’Aurillac

12 et 13 février 2003 à la Maison de la Culture d’Amiens Scène-Nationale

Du 24 avril au 23 mai 2003 au Théâtre de la Cité Internationale à Paris

 

 

© 2017 Cécile Breuil