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La Nuit juste avant les forêts - création 2004

La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès

 

©Philippe Delacroix

Mise en scène : Pascale Siméon

Interprétation : Xavier Guittet

Création musicale et interprétation : Marc Sens

Assistante à la mise en scène : Claudia Tagbo

Scénographie : Hervé Chantepie

Lumières : Pablo Roy

Costumes : Corinne Baudelot

 

La pièce

 

 « [… ] malgré tout cela, j'ai couru derrière toi dès que je t'ai vu tourner le coin de la rue, malgré tous les cons qu'il y a dans la rue, dans les cafés, dans les sous-sols de café, ici, partout, malgré la pluie et les fringues mouillées, j'ai couru, pas seulement pour la chambre, pas seulement pour la partie de nuit pour laquelle je cherche une chambre, mais j'ai couru, couru, couru, pour que cette fois, tourné le coin, je ne me trouve pas dans une rue vide de toi, pour que cette fois je ne retrouve pas seulement la pluie, la pluie, la pluie, pour que cette fois je te retrouve toi, de l'autre côté du coin, et que j'ose crier : camarade que j'ose prendre ton bras : camarade que j'ose t'aborder : camarade, donne-moi du feu, ce qui ne te coûtera rien, camarade, sale pluie, sale vent, saloperie de carrefour, il ne fait pas bon tourner ce soir par ici, pour toi comme pour moi, mais je n'ai pas de cigarette, ce n'est pas tant pour fumer que je disais : du feu, camarade, c'était, camarade, pour te dire : saloperie de quartier, saloperie d'habitude de tourner par ici (manière d'aborder les gens !), et toi aussi tu tournes, les fringues toutes trempées, au risque d'attraper n'importe quelle maladie, je ne te demande pas de cigarette non plus, camarade, je ne fume même pas, cela ne te coûtera rien de t'être arrêté, ni feu, ni cigarette, camarade, ni argent (pour que tu partes après !, je ne suis pas à cent francs près, ce soir), et d'ailleurs j'ai moi-même de quoi nous payer un café, je te le paie, camarade, plutôt que de tourner dans cette drôle de lumière, et pour que cela ne te coûte rien que je t'aie abordé - j'ai peut-être ma manière d'aborder les gens, mais finalement, cela ne leur coûte rien (je ne parle pas de chambre, camarade, de chambre pour passer la nuit, car alors les mecs les plus corrects ont leur gueule qui se ferme, pour que tu partes après !, on ne parlera pas de chambre, camarade), mais j'ai une idée à te dire - viens, on ne reste pas ici, on tomberait malades, à coup sûr - pas d'argent, pas de travail, cela n'arrange pas les choses […] ».

Bernard-Marie Koltès, La nuit juste avant les Forêts

Extrait pp.12-13 aux Editions de Minuit.

 

©Philippe Delacroix

Il y a un récit, mais il n’y a pas d’histoire : c’est la marche errante d’un homme dans une ville, sa première nuit sans chambre d’hôtel. Il ne soliloque pas réellement, il s’adresse à une autre personne (au public ?) et lui raconte des fragments de pensées, de vie.

 

Notes - Pascale Siméon

 

J’ai lu pour la première fois les pièces de Koltès, dont je gardais en mémoire les spectacles créés par Patrice Chéreau. Jusqu’à présent, je refusais à me plonger dans une lecture qui risquait d’écorner mes plus beaux souvenirs de théâtre, Combat de nègre et de chiens particulièrement. Je n’avais jamais vu jouer  La nuit juste avant les forêts ; j’ai donc abordé ce texte d’un œil neuf et j’ai pu entendre résonner à mon oreille cette parole vibrante d’une extrême humanité. La chute de l’homme, la notion de l’étranger est toujours et malheureusement un sujet d’actualité. Le désir de travailler sur ce texte s’est imposé à moi tout naturellement. Quand se fait cette rencontre intime entre un texte et mon sentiment du monde, je suis convaincue qu’il y a une urgence à porter une parole et en particulier celle de Bernard-Marie Koltès, parti trop tôt et dont l’œuvre reste d’une beauté suffocante.

 

J’avais envie de retrouver aussi un rapport simple au public.

Revenir à la mise en scène d’un monologue, c’est cela : chercher l’instantanéité, la pureté de l’acte théâtral, l’instant où tout bascule, saisir le moment du mirage. Ce qui fait l’originalité et la force d’un écrit, c’est bien la forme du récit autant que sa nature.

 

Le projet : « Avant je croyais que notre métier, c’était d’inventer des choses ; maintenant je crois que c’est de bien les raconter ». En suivant ces mots de Koltès, j’espère trouver une relation simple au texte où le comédien Xavier Guittet pourra faire parvenir aux spectateurs toute la vérité de ce personnage.

 

L’accent de l’interprétation ne sera pas mis sur la douleur et sur le cri logorrhéique de l’homme mais sur son besoin de communication, sa volonté de partager son existence et ses rêves, sans évacuer la dérision que chacun peut avoir sur lui-même dans la lignée des personnages créés par Xavier Guittet avec la Compagnie Ecart Théâtre depuis L’homme Clos de Jean-Pierre Siméon.

 

J’ai ressenti depuis le début la nécessité de travailler sur la forme « dialoguée » de cet étrange monologue dans lequel le personnage s’adresse toujours à son « camarade », en proposant à un musicien d’être présent sur le plateau ; visible ou invisible, le dialogue entre le son de la voix du comédien, le rythme étrange de Koltès et celui de la guitare. Cet instrument est pour moi celui qui convient le mieux, dans la multiplicité de ses possibilités, aux distorsions de l’âme du personnage et de la ville obsédante.

 

©Philippe Delacroix

 

©Philippe Delacroix

 

Représentations 2004

Création le 28 février 2004 à Aurillac

Du 30 mars au 03 avril 2004 au Théâtre Le Petit Vélo de Clermont-Ferrand

29 octobre 2004 au Bief à Ambert

 

© 2017 Cécile Breuil